Bouquetin à Champagny le Haut en SAVOIE LIBRE

Bouquetin à Champagny le Haut en SAVOIE LIBRE

mercredi 4 avril 2007



Existerait-il une façon féminine de diriger la nation dans un pays habitué au paternalisme de la loi salique?

Heureusement pour moi, l'élection de Michelle Bachelet au Chili et celle d'Angela Merkel en Allemagne ont donné, déjà, un peu de visibilité à l'exercice du pouvoir au féminin, même si, me concernant, ce serait la première fois qu'une femme serait élue au suffrage universel direct dans un grand pays d'Europe. C'est vrai, cela soulève dans l'inconscient collectif un certain nombre de questions - je ne sais pas encore dans quel sens elles seront tranchées - mais je pense profondément que l'opinion publique est souvent en avance sur les responsables politiques et les partis. Même si c'est en France que demeurent les inégalités les plus rudes entre les hommes et les femmes au niveau des salaires, de la précarité ou dans les conseils d'administration des grandes entreprises. La politique reste un monde construit par des hommes et pour des hommes…
Faut-il changer la pratique de la fonction présidentielle?

Oui. Je pense, par exemple, que la commission de la Défense de l'Assemblée nationale doit être informée des décisions concernant l'engagement des forces militaires sur des théâtres extérieurs. Je pense que le Parlement devrait être beaucoup plus associé qu'il ne l'est à la définition de la politique étrangère du pays. Le président ne devrait plus être non plus, depuis longtemps, à la tête du Conseil supérieur de la magistrature. Son pouvoir de nomination devrait, dans certains cas, être plus limité qu'il ne l'est. Est-ce à lui, et est-ce aux présidents des Assemblées, de choisir les membres des structures indépendantes? Voyez tous les abus actuels. Voyez la manière dont les membres des cabinets ministériels sont recasés dans les derniers jours d'un quinquennat. C'est l'équilibre général qu'il faut changer. Et c'est cela, aussi, que j'entends lorsque je parle de VIe République.
José Luis Zapatero, le président du gouvernement espagnol, a créé une grosse polémique en étant incapable, à la télévision, de dire combien coûtait un café… Que feriez-vous pour ne pas vous couper des réalités quotidiennes?

Quand on a à gérer les affaires de l'Etat, à régler la question basque, à relancer l'Europe, à lutter contre le chômage, je ne suis pas choquée qu'on ne connaisse pas le prix d'un café. Et je vais même vous dire mieux: aurait-il répondu que cela m'aurait paru de la démagogie! Car enfin, qui peut croire que M. Zapatero va tout seul dans un café pour se commander un expresso? Une vie de chef d'Etat - on peut le déplorer, mais c'est ainsi - ce n'est pas une vie normale. C'est une vie où il faut économiser son énergie pour se consacrer à son pays et aux enjeux qui décident du destin commun. Cela étant dit, je précise une chose. Derrière la question du prix du café, il y a celle du coût de la vie. Et, derrière la question du coût de la vie, il y a la tromperie sur l'indice des prix dont on m'a tant parlé lors des débats participatifs et que je me suis engagée à réformer. On m'a dit que ce n'était pas une question présidentielle, mais un sujet de ménagère. Faux: selon moi, le pacte social doit s'appuyer sur des indices incontestables.



Comment éviter les phénomènes de cour si fréquents à l'Elysée?


J'ai vu comment François Mitterrand faisait: il s'échappait. Eh bien, c'est cela la solution: il faut garder une lucarne ouverte, continuer d'avoir des antennes et des relais, voir ses amis, rester au contact des écrivains, des artistes, des créateurs, ne pas rompre le lien avec les élus, qui sont en première ligne et ont des échos directs des préoccupations des gens...
Imaginez-vous le 14 Juillet très différent de ce qu'il est aujourd'hui? Avec la fameuse garden-party?

On verra cela. Ce qui est sûr, c'est que cette fête devrait redevenir beaucoup plus populaire qu'elle ne l'est… Les gens ont envie d'une vraie refondation de l'identité nationale. Et ils en ont envie partout, y compris dans les cités et dans les quartiers difficiles. Redéfinir la France telle qu'elle est devenue, magnifier l'émotion de la France colorée d'aujourd'hui, voilà la tâche. Et ce n'est pas une nostalgie, c'est une pédagogie, une projection dans l'avenir.
Le député socialiste René Dosière a durement critiqué le train de vie de l'Elysée. Le réduiriez-vous?

Je souhaite une diminution du train de vie de l'Etat en général. La sobriété n'empêche pas la grandeur dans l'exercice du pouvoir et de l'autorité. Alors, en ce qui concerne l'Elysée en particulier, je demanderai à une commission parlementaire de faire des propositions sur la baisse de ses dépenses de fonctionnement. Et ce sera la même chose dans les ministères. Il faut tout faire pour réduire le côté monarchique de l'exercice du pouvoir en France. Et je le ferai, toute Royal que je suis!