Bouquetin à Champagny le Haut en SAVOIE LIBRE

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mercredi 4 avril 2007

SEGOLENE ROYALE et SON PROGRAMME

Comment comptez-vous persuader les patrons de mener cette politique?

Ce sera une nouvelle donne. Un pacte. Du donnant, donnant. Il existe, aujourd'hui, énormément d'aides publiques, éparpillées, données sans contrepartie. Les allégements de charge sur les bas salaires, par exemple, sont les mêmes pour les grandes banques et les PME à capital familial. Sur les 63 milliards d'aides aux entreprises, seuls 9% vont aux PME, alors qu'elles créent 63% des emplois. Je vais remédier à cette anomalie en ciblant sur elles les allégements du coût du travail et les aides fiscales à l'innovation. Les allégements seront modulés notamment en fonction de la hausse de la masse salariale globale: soit par de nouvelles embauches, soit par l'augmentation des salaires.
Vous voulez simplifier les règles fiscales et sociales, mais vous créez un dispositif très complexe!

Beaucoup moins que maintenant! D'ailleurs, mon intention est de confier l'attribution des aides aux régions. Elles connaissent bien les entreprises, celles qui sont dans une logique économique et celles qui sont prêtes à mettre la clef sous la porte, du jour au lendemain, pour répondre à la demande d'un fonds de pension. Si les aides publiques avaient été conditionnées, certaines entreprises n'auraient pas délocalisé.



Pour vous, il n'y a pas de problème global du coût du travail?

Pour baisser le coût du travail, il faut prendre l'argent quelque part. Donc, l'opération doit profiter à l'emploi. C'est pourquoi je propose de concentrer les efforts, notamment sur les emplois tremplins. Premièrement, en incitant les PME à embaucher de jeunes diplômés au chômage. Pendant six mois, les régions paieront la totalité du coût de cet emploi nouveau, salaires et charges. Deuxièmement, pour les jeunes sans qualification, je propose le contrat première chance, afin d'offrir un emploi aux 190 000 jeunes qui sortent du système scolaire sans qualification et sans emploi. Je veux permettre aux commerçants et artisans, dans les entreprises de moins de 10 salariés, de pourvoir les 500 000 offres d'emploi qui ne sont pas satisfaites.
Mais c'est de l'emploi gratuit!

Plutôt que de saupoudrer les aides, il vaut mieux une règle claire: vous rendez un service à la nation en embauchant des jeunes sans qualification, vous y consacrez une partie de votre énergie, donc vous êtes aidé. Le jeune bénéficiera aussi d'une formation et d'un tutorat. Ma vision, c'est celle d'une société de confiance où l'on arrête de suspecter tout le monde de frauder ou de vouloir contourner les lois. Mais c'est, là encore, du donnant, donnant: vous ne fraudez pas, et tout le monde est gagnant. Sinon, il y a sanction. Cela suppose du sur-mesure et un engagement contractuel. Il faut individualiser les aides - c'est vrai dans tous les domaines de la société - si l'on veut éviter les gaspillages des fonds publics. Certaines entreprises sont tellement habituées à venir au guichet des collectivités territoriales qu'elles considèrent cela comme un dû; elles font du chantage à l'emploi. Eh bien, non. Il n'y a plus de «dû».
Ces deux mesures, jeunes diplômés et non qualifiés, font partie des emplois tremplins?

Oui. Enfin, il y a les bourses tremplins, les 10 000 euros d'aide gratuite qui fonctionnent déjà dans plusieurs régions et permettent de donner le coup de pouce initial pour créer son emploi, son activité. Aujourd'hui, les banques ne prennent plus aucun risque et la concentration du secteur est telle qu'il n'y a plus aucune concurrence. Voilà la première chose dont les PME se plaignent: l'accès au crédit. De manière tout à fait anormale, les régions doivent prêter aux entreprises pour que les banques acceptent ensuite d'apporter un crédit complémentaire! Il faut que chacun se remette à faire le travail pour lequel il est mandaté.
Pensez-vous que, si vous êtes élue, vous devrez prouver pendant cinq ans qu'une femme peut faire aussi bien qu'un homme?

Bien entendu, non. Si je suis élue, je serai élue. Et le peuple français est un peuple républicain qui ne tolérerait pas ce qui lui apparaîtrait, de la part des notables de la démocratie d'opinion, comme un coup d'Etat médiatique permanent!