Bouquetin à Champagny le Haut en SAVOIE LIBRE

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mardi 8 mai 2007

CLEARSTREAM

mercredi 13 décembre 2006 (12h25) :
Denis Robert mis en examen : "On touche à la liberté d’informer"

Denis Robert, journaliste, écrivain.

Recueilli par Arnaud Sagnard

L’enquête des juges a-t-elle changé de direction ?

Quand les juges ont perquisitionné la DGSE, j’ai cru qu’ils se donnaient les moyens d’aller loin. J’ai ensuite assisté, impuissant, au pourrissement du dossier. Je m’étonne aujourd’hui que les juges, qui ont d’abord semblé résister au parquet, me mettent maintenant en examen. Même si celui-ci a ordonné un réquisitoire supplétif, ils ne sont pas obligés de le faire.

La justice dispose donc d’éléments contre vous...

La première hypothèse est que d’Huy et Pons, ayant des difficultés à coincer les autres acteurs du dossier, se rabattent sur Florian Bourges et moi, mais j’ai du mal à y croire. La deuxième est qu’étant pris dans un bras de fer avec le parquet, les magistrats soient obligés de lui donner des gages pour pouvoir continuer à instruire. Difficile à croire. Je reste donc dans l’expectative.

Quelles sont les conséquences de cette mise en examen ?

En inventant l’argutie juridique du « recel d’abus de bien de confiance », dont on m’accuse, c’est à ma connaissance la première fois qu’on touche à la liberté d’informer de manière aussi précise. Si j’étais condamné, après moi, aucun journaliste ne pourra suivre ce genre de dossier sensible sans prendre le risque d’être condamné. On mettrait ainsi le doigt dans un engrenage sans savoir où il s’arrêtera.

Comment comprenez-vous le déroulement de cette affaire ?

Pour l’instant, je pense que Lahoud a falsifié les fichiers et qu’il m’a menti. Concernant Gergorin, je reste plus circonspect car il a peut-être envoyé les lettres à Van Ruymbeke en étant de bonne foi. Villepin a lui, à sa décharge, diligenté des enquêtes très tôt. Mais lorsqu’il a compris qu’il n’y avait pas eu de hacking de Clearstream, il a laissé partir l’instruction de Van Ruymbeke. Sarkozy a compris très tôt la manipulation, il savait que Chirac et Villepin voulaient sa peau. Son discours de victime est aujourd’hui bien huilé, mais les gens ne sont pas dupes.

Quel rôle a pu jouer la DGSE ?

Le lien entre Lahoud et les services secrets est beaucoup plus fort que ce que les services ont dit. Même s’il passe son temps à mentir, il m’a dit être prisonnier de querelles au sein de la DGSE. Lahoud a participé à une entreprise de déstabilisation et a forcément été protégé. C’est pour cela qu’il s’est senti si fort. Le couple Gergorin-Lahoud ne fonctionne que si on y ajoute des gens des services secrets. Seulement, l’enquête des juges n’est pas allée jusque-là.

Vous êtes pessimiste sur l’issue de l’affaire...

La saisine des juges est très limitée par rapport à l’ampleur du dossier. La justice rendue ne fera pas oublier l’essentiel : à la tête de l’Etat, il y a des menteurs et des usurpateurs. Si le jeu du ou des corbeaux était de faire oublier la vraie affaire Clearstream ou de salir Bourges et moi, c’est en revanche réussi.

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Clearstream : des zones d’ombre avant l’audition de Villepin
de Arnaud Sagnard

En quelques semaines, le dossier Clearstream ouvert par la justice en 2004 a changé de visage.

Rappel des faits : l’affaire est née de l’envoi anonyme de listings de comptes supposés occultes au juge Van Ruymbeke. Sur ces comptes apparaissent les noms des grands patrons et d’hommes politiques comme Nicolas Sarkozy.

Le magistrat a depuis démontré que ces comptes sont faux, mais une seconde enquête confiée aux juges d’Huy et Pons est chargée de déterminer l’origine de la manoeuvre.

Au cours de l’investigation, Jean-Louis Gergorin, le corbeau avoué, et Imad Lahoud, le falsificateur présumé des documents envoyés au juge, ont été mis en examen. Vendredi, Florian Bourges, l’auditeur qui a extrait des données de Clearstream, l’a été à son tour. Le journaliste Denis Robert l’a été la nuit dernière. La justice avance, mais de nombreuses interrogations demeurent.

1. Quels liens entre les politiques et la manip’ ?

Les hommes politiques ont longtemps été soupçonnés d’être mêlés au coup fourré. Ils ne sont pas mis en examen mais leurs relations avec les manipulateurs présumés sont étroites. Fin 2003, Lahoud a failli disposer d’un bureau au ministère de la Défense.

Six mois plus tard, il part avec le général Rondot (lire encadré) en mission au Liban, signe de confiance du gouvernement. Plus troublant, selon le livre Machinations (Denoël), la DGSE a organisé avec Lahoud une visite chez Denis Robert au cours de laquelle le financier se procure les listes de comptes de Clearstream. En mars 2004, Jean-Louis Gergorin va jusqu’à demander à Villepin de faire libérer Lahoud, en garde à vue pour une affaire d’escroquerie.

2. Qu’ont fait les services secrets ?

On savait qu’ils avaient enquêté sur ordre de Villepin en 2004. Ils apparaissent en fait dès la fin 2002, quand Lahoud rencontre la DST. En janvier 2003, Rondot écrit à la ministre de la Défense Alliot-Marie un rapport sur Lahoud en tant que source de la DGSE.

Alors qu’il vient d’être perquisitionné, celui-ci rend visite à Rondot en 2005 au ministère mais trouve porte close. Autant d’éléments indiquant que les services ont pu être au courant de la tentative de manipulation de Van Ruymbeke.

3. Quel rôle pour Nicolas Sarkozy ?

Sa plainte pour « dénonciation calomnieuse » et « faux et usage de faux » le 31 janvier 2006 relance l’affaire qui stagnait. Pourquoi réactiver une enquête alors que les accusations le concernant sont déjà infirmées par la justice ? Officiellement, Nicolas Sarkozy ne savait rien de l’affaire. Pourtant, ses sources sont multiples.

Le livre « Un fiasco français » (Denoël) révèle que son avocat Thierry Herzog est également celui de Thales, dans le dossier des frégates. Ainsi, selon le livre, l’avocat pouvait connaître chaque avancée de Van Ruymbeke révélant la manipulation du corbeau. Par ailleurs, Gergorin a été informé de l’existence d’enquêtes par un proche du ministre. Enfin, le 7 juin 2005, le ministre s’est fait remettre le dossier de la DST sur l’affaire.

4. L’audition de Villepin est-elle capitale ?

Officiellement, aucune charge n’est retenue contre le Premier ministre. Il sera entendu le 21 décembre en qualité de « témoin ». Cependant, un proche du dossier estime que « les dernières mises en examen peuvent être des contre-feux afin que Villepin, toujours dans le viseur des jugesne, ne se méfie pas lors de son audition ».

5. L’affaire est-elle close ?

Les mis en cause n’ont pas dit leur dernier mot. Lahoud écrit un livre sur ses liens avec Sarkozy. De son côté, Denis Robert travaille sur un livre sur le système informatique de Clearstream. Gergorin n’a lui toujours pas révélé le nom de sa source. Enfin, chaque rebondissement est susceptible de générer de nouvelles demandes d’annulation de la procédure.

mercredi 10 janvier 2007