Bouquetin à Champagny le Haut en SAVOIE LIBRE

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dimanche 6 mai 2007

SEGOLENE ROYALE ET SON LIVRE:MAINTENANT

Maintenant – Ségolène Royal répond à Marie Françoise Colombani
Découvrez en exclusivité des extraits du livre de Ségolène Royal, actuellement en vente dans toutes les bonnes librairies.

Les extraits
CO2

La France vient de demander aux industriels français une réduction de 5,9 % des émissions de CO2 pour la période 2008-2012. Les écologistes, eux, affirment qu'il aurait fallu monter jusqu'à 10 %. Qu'en pensez-vous ?

La planète est en danger. Et le réchauffement climatique frappe les pays les plus pauvres, provoque des migrations, déstabilise le monde. D'ici à 2050, nous devons impérativement diviser par deux les émissions de CO2 à l'échelle de la planète, donc par quatre dans les pays développés. La première étape, c'est de les réduire d'un tiers d'ici à 2020. Or 2020, c'est demain ! Il est donc urgent d'engager pleinement la France dans cette mutation énergétique globale qui doit être l'affaire de tous : pouvoirs publics, entreprises, citoyens. La Suède l'a fait : en 2020, elle sera totalement libérée de la contrainte pétrolière ; les énergies renouvelables représentent déjà 30 % de sa consommation nationale et c'est l'un des rares pays européens en passe d'atteindre les réductions de CO2 fixées par le protocole de Kyoto. En Poitou-Charentes, nous avons décidé de respecter les objectifs de Kyoto en réduisant nos émissions de dioxyde de carbone de 800 000 tonnes d'ici à 2010. Toutes nos actions – dans les transports, le logement, les lycées, etc. – intègrent cette priorité. La France peut en faire autant à condition de le vouloir.

Pour inverser la tendance, je ne crois pas aux demi-mesures. Il faut une mobilisation lucide dont la responsabilité incombe en premier lieu à la puissance publique. « Les petits moyens, disait Stuart Mill, ne produisent même pas de petits effets ; ils ne produisent aucun effet. » Le problème du gouvernement actuel, c'est qu'au lieu de faire de cette contrainte une chance de transformation de nos pratiques de production, de consommation, de création d'activités et d'emplois nouveaux, il y va à reculons. Les premières propositions dans le cadre de la préparation du plan d'allocations de quotas pour la période 2008-2012 étaient d'une timidité inadmissible. En effet, le précédent plan avait fixé à 150 millions de tonnes par an les émissions autorisées de dioxyde de carbone. Et voilà que, pour la deuxième tranche, alors qu'il nous faut réduire davantage nos émissions, l'allocation retenue était plus élevée : 152,72 millions de tonnes annuelles !

J'ai tiré la sonnette d'alarme au cours de l'été 2006, en rappelant notamment les conséquences meurtrières de la canicule de 2003 et le fait que de nombreux chefs d'entreprise étaient prêts à s'adapter à des plafonds plus stricts. Toutes les associations sont montées au créneau. En octobre dernier, le rapport Stern commandé par le gouvernement britannique a mis les points sur les « i » : le réchauffement climatique risque d'avoir un impact aussi dévastateur qu'une guerre mondiale ou que la crise économique de 1929. Le coût de l'inaction dans les dix ans à venir se monterait à 5 500 milliards d'euros ! Mêmes conclusions alarmantes du côté du groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat. Face à cette levée générale de boucliers et craignant aussi que l'Union européenne ne rejette sa copie, le gouvernement a finalement revu son plan et retenu une allocation de l'ordre de 132 millions de tonnes par an, que les industriels ont acceptée. Je connais bien et je me passionne pour ces sujets depuis que j'ai exercé les fonctions de ministre de l'Environnement. J'agirai.

IRAN

Si l'Iran continue de refuser de mettre fin à l'enrichissement d'uranium, êtes-vous pour des sanctions ou des négociations ?

Il ne faut pas exclure des sanctions mais toujours privilégier la négociation à condition que ce soit sur des bases claires. L'Iran est signataire du Traité de non-prolifération nucléaire mais n'accepte pas les contrôles que ce dernier prévoit, à chaque étape, par l'Agence internationale pour l'énergie atomique. Avec le régime de M. Ahmadinejad, le monde ne peut pas prendre de risques. Or, je l'ai dit et je le maintiens, la nucléarisation commence par la maîtrise sans contrôle de l'enrichissement de l'uranium à des fins dans un premier temps civiles. Je suis la seule responsable politique française à avoir dit clairement ce qu'il en est du passage du nucléaire civil au nucléaire militaire. Et cela, contrairement à ce que prétend la droite, en parfaite adéquation avec le Traité de non-prolifération nucléaire. Le gouvernement iranien refuse également toutes les propositions de fourniture d'énergie nucléaire qui lui ont été faites pour répondre aux besoins du pays en électricité. Dans une négociation, il faut être ferme et en même temps ouvert. L'Iran veut être reconnu pour ce qu'il est : un grand pays qui compte dans la région. Le nucléaire s'inscrit dans cette stratégie de reconnaissance. Mais son gouvernement tient sur Israël, sur son droit à la sécurité et sur la Shoah, des propos inadmissibles qui constituent une menace directe pour ce pays et font obstacle à l'apaisement nécessaire des tensions dans toute cette zone. Ce n'est pas en prenant le contre-pied du droit international que l'Iran prendra toute sa place dans le concert des nations.

MARIE-ANTOINETTE

En 1992, après une intervention à l'Assemblée nationale sur une question agricole, un député socialiste jette : « C'est Marie-Antoinette qui élève ses moutons ! » Au-delà de la bêtise de cette réflexion, on imagine que votre nom de famille a toujours suscité des quolibets...

Je m'en moque... royalement. D'ailleurs, à tout prendre, c'est moins violent que ce député qui, se croyant malin, m'a traitée de vache folle il y a une dizaine d'année ! Ce machisme, heureusement, a disparu de l'Assemblée. Ou plus exactement, il s'est tu.

REPENTANCE

Entre la repentance et la suppression des lois mémorielles demandée par un certain nombre d'historiens, où vous situez-vous ?

Je crois que la France doit assumer son histoire, toute son histoire. Sans amnésie et sans repentance. Elle doit avoir la fierté de ses moments radieux, glorieux, de sa Révolution qui, comme disait Saint-Just, « vota la liberté du monde ». Mais je crois que notre pays doit aussi être capable de porter un regard apaisé et de poser les mots justes sur les pages plus sombres de notre histoire commune. Nous devons être capables de reconnaître l'esclavage pour ce qu'il fut : un crime contre l'humanité. C'est ce qu'a fait la loi portée par Christiane Taubira et votée en 2001. Nous devons être capables de reconnaître la colonisation pour ce qu'elle fit : dominer et spolier. Nous devons être capables de reconnaître la part prise par la police française de Vichy dans la rafle du Vél' d'Hiv et la déportation des Juifs de France. Mais aussi de rendre hommage aux Justes qui assumèrent, eux, le devoir de protection. Tous coupables ? Non, bien sûr ! Il y eut toujours, dans ces moments-là, des Français pour s'opposer à l'injustice, et des résistants pour ne pas accepter l'inacceptable. En outre, ce n'est jamais aux descendants de payer pour les crimes qu'ils n'ont pas commis. Mais tous comptables de la transmission de l'histoire collective, oui !

C'est pourquoi j'ai fermement désapprouvé, en décembre 2005, cet article de loi indigne voté par la droite, qui vantait les « aspects positifs » de la colonisation. Un système politique, quel qu'il soit, fondé sur l'inégalité des personnes, ne peut pas être bon. Dans les départements d'outre-mer, où l'on n'a pas oublié ce temps du mépris et de la citoyenneté à deux vitesses, l'insulte fut très vivement ressentie et la mobilisation immédiate. Aimer son pays, ce n'est pas trafiquer le passé pour mieux mentir sur l'avenir. Le déni de l'histoire attise la rivalité des mémoires. Moi, je veux pour la France la lucidité d'une histoire partagée.

Le candidat de l'UMP prétend faire la synthèse d'une histoire de France expurgée de ses moments d'arrachement à l'ordre établi. Comme si la France était la synthèse molle de l'Ancien Régime et de la Révolution, du Code noir qui codifiait l'esclavage et de la déclaration des droits de l'homme au nom de laquelle il fut une première fois aboli en 1794. La République, en 1802, c'étaient Louis Delgrès, la mûlatresse Solitude et leurs compagnons qui la défendaient en Guadeloupe les armes à la main et non les troupes dépêchées par Bonaparte pour remettre les anciens esclaves sous le joug. Et c'est la République de retour qui, en 1848, mit un terme définitif à ce crime. Voilà pourquoi je souhaite que l'on connaisse mieux et que l'on honore, dans l'Hexagone aussi, ces républicains des Antilles.

La liberté, l'égalité et la fraternité n'étaient pas du côté de la sujétion coloniale mais des peuples en lutte pour leur émancipation au nom de nos valeurs universelles. Aimé Césaire, ce poète incandescent que j'admire tant, l'a magnifiquement écrit.

Péguy aussi le disait à sa manière : c'est parce que nous sommes bien français que les massacres coloniaux nous donnent comme un remord personnel. Ce n'est pas appeler à la repentance, encore moins à la haine de soi, mais savoir qu'une nation est d'autant mieux assurée d'elle-même qu'elle est au clair avec son passé. Car l'histoire éclaire et travaille le présent. L'admettre n'est pas verser dans les abus d'une mémoire doloriste, ni prôner quelque vérité d'État empiétant sur le domaine des historiens. C'est continuer une tradition républicaine : sur quelques sujets touchant à l'essentiel, la République, dès le XIXe siècle, a eu recours à des « lois mémorielles », tantôt pour poser un interdit majeur, tantôt pour décider une célébration nationale, comme le 14 juillet.