Bouquetin à Champagny le Haut en SAVOIE LIBRE

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vendredi 8 juin 2007

SARKOSY et l'ASSEMBLEE NATIONALE

uelque 44,5 millions d'électeurs retournent aux urnes dimanche pour élire les 577 députés de l'Assemblée nationale avec pour horizon quasi certain une chambre bleu UMP qui devrait remiser la gauche sur le banc des figurants.

L'inconnue du scrutin des 10 et 17 juin ne réside pas tant dans son issue - Nicolas Sarkozy est assuré de disposer d'une majorité confortable pour mettre en oeuvre ses réformes - que dans la sévérité du score pour l'opposition de gauche, Parti socialiste en tête.

Fait inédit dans l'histoire de la Ve République, la gauche est partie d'emblée battue dans la campagne après la défaite de la présidentielle, appelant à "un vote humanitaire" selon l'expression du politologue Eric Dupin, pour éviter une réédition de la débâcle de 1993, lorsqu'elle sauva, hors Parti communiste, 67 députés.

Au PS, où l'on craint une démobilisation de l'électorat face à la stratégie d'ouverture du chef de l'Etat, on appelle à la résistance contre un "Etat UMP" hégémonique et on se projette déjà dans un "après" tout aussi douloureux - la rénovation du parti.

Le sondage quotidien Ipsos-Dell crédite la droite (UMP, ralliés de l'UDF et divers droite) de 44% des intentions de vote, la gauche (PS, PRG, Verts) d'environ 35%, le PS engrangeant 29%, le Mouvement démocrate (MoDem) de François Bayrou de 9%, le Front national de 6%, le Parti communiste d'environ 5%, l'extrême gauche de 3% à 4%.

RETOUR EN FORCE DU BIPARTISME

Les projections donnent à l'UMP 360 à plus de 400 sièges, 115 à 158 sièges au PS-PRG-MRG, 21 à 24 sièges au Nouveau Centre, un à six sièges au MoDem, cinq à dix sièges au PCF, 0 à 2 sièges aux Verts, qui n'ont pas scellé d'alliance électorale avec le PS.

Dans l'assemblée sortante, l'UMP dispose de 362 députés (plus six divers droite), le Parti socialiste de 142 élus, l'UDF de 29 représentants, le PCF de 22 élus et les Verts de trois.

Le 6 mai, Nicolas Sarkozy est arrivé en tête dans 372 circonscriptions. La gauche place ses espoirs dans l'Ouest, où Ségolène Royal a réalisé ses meilleurs scores, mais s'attend à des scénarios-catastrophe dans ses bastions historiques de l'Est et du Nord-Pas-de-Calais, où la droite a le vent en poupe depuis 2002.

Le retour en force du bipartisme observé à la faveur de l'élection présidentielle devrait se confirmer, même si une troisième entité centriste, écartelée entre les transfuges UDF du Nouveau Centre (84 candidats) et le MoDem de François Bayrou (535 candidats), devrait surnager.

L'équation sans appel relance le débat sur le mode de scrutin - uninominal à deux tours - et la réintroduction d'une dose de proportionnelle pour améliorer la représentativité du spectre politique français.

Pour figurer au second tour, un candidat - ils sont 7.640 cette année - doit rassembler 12,5% des inscrits.

François Bayrou, qui joue d'abord son avenir personnel dans la perspective de la présidentielle de 2012 après ses 18,5% du 22 avril, peut escompter un score de 9% à 10% qui, de l'avis des politologues, serait une réelle performance pour une formation naissante.

DE FRANCIS LALANNE A DJAMEL BOURRAS

Le Parti communiste, exsangue après le camouflet infligé à Marie-George Buffet le 22 avril (1,93%), n'est pas assuré de conserver un groupe à l'Assemblée (au moins vingt députés).

Quant au Front national, il ne paraît guère en mesure de reconquérir un électorat désormais largement acquis à Nicolas Sarkozy et de semer le trouble dans d'improbables triangulaires (75 en 1997, 33 en 2002).

Au-delà du rapport de forces politiques, l'enjeu des législatives est financier et pourrait déterminer la survie du PCF et du FN, condamnés à l'aggiornamento. La loi du 11 mars 1988 indexe le financement public des partis sur les résultats aux législatives.

Ainsi, dans l'imbroglio juridique centriste, l'ex-UDF Hervé Morin a-t-il enrôlé épouse, membres de sa famille, attachée de presse, chauffeur, pour étoffer la liste des candidatures du Nouveau Centre et faire bénéficier sa formation du financement public équivalent à 1,63 euro par voix.

Le ministre de la Défense brigue un troisième mandat dans la 3e circonscription de l'Eure, imité par dix membres du gouvernement, dont le Premier ministre François Fillon, candidat dans la 4e circonscription de la Sarthe, qui a fait campagne contre la gauche avec une férocité inusitée et a prévenu que tout ministre battu serait contraint de démissionner.

Sont également en lice : Dominique Bussereau (Charente-Maritime, 4e), Roselyne Bachelot (Maine-et-Loire, 1ère), Jean-Louis Borloo (Nord, 21e), Michèle Alliot-Marie (Pyrénées-Atlantiques, 6e), Xavier Bertrand (Aisne, 2e), Christine Boutin (Yvelines, 10e), Valérie Pécresse (Yvelines, 2e), Eric Woerth (Oise, 4e), Alain Juppé (Gironde, 2e).

Seul le maire de Bordeaux paraît en position délicate : Ségolène Royal est arrivée largement en tête dans sa circonscription - pourtant un bastion de la droite - le 6 mai avec 54,66% des voix.

Outre les candidatures multiples du camp Morin, les législatives 2007 réservent leur lot de "folklore", avec notamment une "pipolisation" politique préfigurée par la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

Le chanteur Francis Lalanne se présente dans la 2e circonscription du Bas-Rhin sous l'étiquette Mouvement écologiste indépendant, l'ex-judoka Djamel Bourras concourt pour le MoDem dans la 2e circonscription de Seine-Saint-Denis, et l'avocat médiatique Arno Klarsfeld défend les couleurs de l'UMP dans la 8e circonscription de Paris.