Bouquetin à Champagny le Haut en SAVOIE LIBRE

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vendredi 29 février 2008

CARLA BRUNI-SARKOSY-TEDESCI, l'ARTISTE aux mille facettes.

L'ECHO DES MONTAGNES, dans le légitime but de vous informer, est fier de vous parler d'une artiste aux mille facettes.

Quatre ans après l’album « Quelqu’un m’a dit », Carla Bruni n’est toujours pas où on la croit. On pensait qu’elle était encore mannequin, elle inventait un folk français. On s’attendait à ce qu’elle reconduise sur les mêmes bases le succès de son premier disque, elle ramène à la surface de son timbre froissé onze poèmes d’une autre langue, d’un autre siècle, d’un autre anglais. Après avoir vendu 1,2 million d’albums en France et 800 000 à l’étranger, après avoir pris goût à ce succès auquel il ne faudrait pourtant pas se résoudre, il se peut qu’elle ait eu du mal à s’y remettre. « Le succès est une récompense merveilleuse, il traduit une reconnaissance des gens pour des choses que vous ne pensiez pas dignes d’un tel intérêt. En même temps, c’est bloquant, comme une force qui vous ramène à ce que vous faites déjà. » Carla Bruni aura donc mis deux ans à retrouver le centre de sa créativité, d’abord en composant beaucoup de musique, puis en écrivant en français, en italien et en anglais. C’est là qu’elle s’est penchée sur ses poètes et poétesses dont elle connaissait sinon le nom (Emily Dickinson, William B. Yeats, Wystan Hugh Auden, Walter de la Mare) du moins celui du frère (la s..ur de Dante Gabriel Rossetti, Christina Rossetti), sinon les poèmes du moins les nouvelles (Dorothy Parker). A Noël 2004, elle a couché les premières mélodies de l’album. « C’était étonnamment fluide. Mais plus j’avançais, moins je me voyais mélanger ces poèmes à mes propres chansons. Elles me semblaient trop peu compatibles. Il m’a donc fallu voir ces poèmes comme une possibilité d’album. » Elle a continué à composer, puis, l’été suivant, s’est attelée à ses maquettes en parallèle de son projet d’album franco-italien. Sur son huit-pistes, elle a enregistré à domicile des guitares, des violoncelles, fait des contre-chants et des hand-claps qui serviront à Louis Bertignac pour finaliser son album. Déjà réalisateur de "Quelqu’un m’a dit", l’ancien guitariste de Téléphone pour qui Carla Bruni venait d’écrire les textes de son dernier disque a sorti ses micros, guitares et ciseaux durant les creux de sa tournée. Il a gardé des violoncelles, ôté quelques contre-rythmes, rajouté des guitares, un harmonica ou une touche de clavier pour s’imposer dans une veine classique qui possède le double avantage de résister aux humeurs du temps comme de livrer ses secrets au compte-gouttes. Les références de Louis Bertignac de Dylan aux Stones en passant par Led Zeppelin encourageront encore Carla à puiser aux mêmes sources blues-rock pour agrémenter sa matière folk. Etre libérée du texte a amené Carla Bruni à d’autres points de sa musique, d’autres reliefs, contours et nuances sur ces poèmes dont elle a parfait la prononciation avec Marianne Faithfull. « Elle les connaît parfaitement. Elle sait même parfois pour qui ils ont été écrits. Elle m’a aussi permis de ne pas en trahir le sens par une mauvaise découpe. » Car les poèmes ne sont pas des chansons. Et il a fallu parfois que Carla Bruni répète une phrase pour en faire un refrain. « J’avais le sentiment d’avoir des maîtres à mes côtés. Et puis, je me suis souvenu qu’Aragon avait accepté qu’on déstructure ses poèmes de son vivant. J’ai pensé alors que Yeats n’aurait pas trouvé à redire si je répétais un de ses vers. » C’est ainsi qu’on pourra dire que ces poèmes sont devenus des chansons de Carla Bruni. Comme si elle avait jeté un pont entre eux, elle a offert une autre forme d’existence à ces poètes dont le romantisme, la mélancolie et l'incroyable sentiment de solitude paraissent correspondre avec Carla Bruni. « Bien sûr, je suis une femme de 2006. Mais avoir le c..ur brisé au 17è siècle ou maintenant ne me semble pas si différent. Ce qui m’a surpris c’est l’état de solitude et de renoncement dans lequel ces poètes ont écrit une ..uvre qui parfois n’a été publiée qu’après leur mort. Les poèmes de Dorothy Parker n’ont pas été publiés de son vivant tout comme Emily Dickinson. On a dit aussi de Christina Rossetti qu’elle a eu une vie aussi triste et terne que celle de son frère Dante Gabriel fut pleine de couleurs. Cela paraît impossible aujourd’hui avec nos moyens de communication. Ça n’empêche, il y a une modernité dans ces textes dont je me suis sentie proche. »