Bouquetin à Champagny le Haut en SAVOIE LIBRE

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samedi 22 mars 2008

JACQUES CHIRAC,CLEARSTREAM, LE JAPON, la POLYNESIE FRANCAISE et RENE HOFFER

L'ECHO DES MONTAGNES, dans le légitime but de vous informer, vous rappelle le compte japonais de JACQUES CHIRAC et l'affaire CLEARSTREAM à votre souvenir.
N'oubliez pas que cette affaire est toujours dénoncé par MR RENE HOFFER, président de la Polynésie Française, quant au "XPF" et au blanchiment d'argent, en POLYNESIE FRANCAISE.

L'affaire Clearstream a déjà fait couler beaucoup d'encre. Le livre de Nicolas Beau et Olivier Toscer, «l'Incroyable Histoire du compte japonais de Jacques Chirac» qui sort demain en librairie, pourrait cependant apporter une lumière décisive sur certains de ses aspects les plus obscurs

On se souvient que «l'affaire japonaise» a surgi dans le débat public il y a moins de deux ans, en marge de l'instruction concernant les listings falsifiés de Clearstream. Elle dérive plus précisément des «blancs» de l'audition du général Philippe Rondot par les juges Jean-Marie d'Huy et Henry Pons le 28 mars 2006, dont le procès-verbal fut publié verbatim par les soins du Monde (daté du 4 mai) — expurgé toutefois d'une déclaration restituée par le Canard enchaîné dès le mercredi suivant sous la plume, déjà, de Nicolas Beau:

«À partir de renseignements recueillis soit par Gilbert Flam, soit par ses collaborateurs, le but était de mettre en cause le président à travers l'existence d'un compte bancaire qu'il possédait dans une banque japonaise. […] Il est indiqué sur les documents que vous avez saisis à mon domicile que ce compte a été ouvert à la Tokyo Sowa Bank et a été crédité d'une somme totale évaluée par les services de la DGSE à 300 millions de francs.»
Quelques informations, autant de démentis et beaucoup de bruit plus tard, c'est à ce compte putatif que le présent ouvrage est tout entier consacré. Et il vient apporter une lumière décisive sur bien des aspects liés à la mention de son existence par le général Rondot.

Japan connection

«L'Incroyable Histoire du compte japonais de Jacques Chirac» s'attache d'abord à renouer les fils qui unissent Jacques Chirac au Japon depuis une quarantaine d'années. Là, plutôt que de s'appesantir sur la passion de l'ancien président pour les combats de sumo, ses fréquents séjours sur place (une cinquantaine, dit-on) ou sa fascination pour les estampes, Nicolas Beau et Olivier Toscer entreprennent de reconstituer les liens politico-financiers tissés par Chirac avec ses amis nippons dès les années 1980 — découvrant au passage tout un pan, largement méconnu, de la relation bilatérale franco-japonaise.

Si l'on connaissait le flirt poussé de la fondation France Libertés de Danielle Mitterrand avec la secte japonaise Soka Gakkai (via les articles du Monde1 et de l'Événement du jeudi2), on ne savait en revanche pas grand-chose de l'entrisme de la Fondation Sasakawa auprès du personnel politique français. La fondation de cet ancien criminel de guerre japonais cherchait alors à obtenir le statut prestigieux d'association d'utilité publique en reconnaissance de ses actions philanthropiques en faveur des vitraux de la cathédrale de Blois ou du château de Chantilly — avec le soutien d'un Jack Lang ou d'un Maurice Schumann (alors administrateur de Chantilly). Les auteurs démontent alors minutieusement la mécanique des réseaux d'influence qui ont permis à Sasakawa de faire élire un Japonais à la présidence de l'OMS3 mais également de l'Unesco, bénéficiant en cela de la bienveillance de Chirac… et du retrait de Jack Lang de la course (chapitre 2: «Un criminel de guerre blanchi à Paris», p. 55 à 77).
Jacques Chirac avec Shoichi Ôsada en 1993
©D.R.
Jacques Chirac avec Shoichi Ôsada en 1993
Ce sont néanmoins les rapports de Chirac avec le banquier qui sont privilégiés. Et pour cause! C'est dans la banque de ce dernier, la Tokyo Sowa (TSB), que les services secrets ont, à trois reprises et sous des plumes différentes, mentionné la trace d'un compte au nom de Jacques Chirac: message du 11/11/1996 du chef de poste au Japon de la DGSE à son siège parisien, fiche d'enquête du général Champtiaux sur Gilbert Flam du 28/9/2001 et note du général Rondot du 08/11/2001. Et c'est très probablement pour avoir enquêté au sujet de ce compte que Gilbert Flam, alors magistrat détaché auprès des services secrets, s'est retrouvé placardisé au tribunal de Paris — et toute la hiérarchie de la DGSE reprise en main au lendemain de la réélection de Jacques Chirac à la présidentielle de 2002.

À cet endroit, l'accès à la documentation d'un Ôsada beaucoup plus disert que Chirac sur leur attachement réciproque et le rôle qu'il aurait joué dans la défense des intérêts français à l'international (en Tunisie [p. 29] ou en Nouvelle-Calédonie [p. 50]) permet aux auteurs de rectifier à de nombreuses reprises les versions servies officiellement ou officieusement par le clan chiraquien: notant perfidement ici les lacunes de la biographie autorisée de Jacques Chirac4«introuvable» du Shunkan Post argué comme source fantasque de l'information (explication contredite p. 192).

La publication d'inédits tels la pré-enquête du général Champtiaux sur la nature des investigations entreprises par Gilbert Flam au sein des services se révèle capitale pour saisir l'emballement chiraquien autour de l'enquête de Flam. Le document produit en fac-similé note:
(p. 188-191); soulignant là la faiblesse d'hypothèses avancées pour expliquer les rumeurs — le prix Praemium Imperiale un temps donné comme origine des fonds (hypothèse contrecarrée p. 196-199); et l'article
«Il y a bien eu enquête au Japon sur la Tokyo Sowa Bank, conduite par Monsieur Flam et quelques-uns de ses collaborateurs […] elle a porté sur les avoirs du Président CHIRAC dans la Tokyo Sowa Bank et sur les liens, supposés, de Madame CHIRAC avec un financier russe TOKHTAKOUNOV» (p. 108-112)
Comme le notent les auteurs, la syntaxe est ici extrêmement importante: au sujet des liens «supposés» de Madame Chirac avec Tokhtakounov, on est dans l'hypothétique; pour ce qui est des «avoirs» de Chirac à la TSB, on est dans l'optatif. Les enseignements de cet inédit sont donc potentiellement très différents de sa retranscription par le général Rondot (mandaté alors par Chirac):
«Il y a bien eu enquête au Japon sur la Tokyo Sowa Bank, conduite par M. Flam et quelques-uns de ses collaborateurs […] cette enquête a porté sur l'existence d'avoirs du Président CHIRAC dans la TSB …» (p. 112-114)
Or, c'est sur la version de Rondot que s'appuie, par exemple, un Hervé Gattegno très bienveillant pour l'ancien président dans son article du Point du 31 janvier dernier5.

Flam sent le soufre

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Les révélations de «l'Incroyable Histoire» ne s'arrêtent pas là. On savait que Gilbert Flam, pour avoir réactivé les recherches sur les avoirs du président à la Tokyo Sowa à partir d'avril 2001, avait dû, à son corps défendant, réintégrer la magistrature dès juin 2002 — un mois à peine après la réélection de Jacques Chirac à la présidence de la République (récit détaillé pages 129-131). Les premiers listings falsifiés de Clearstream commencent à circuler à l'automne 2003, qui vont invoquer pêle-mêle:
«des personnalités politiques, dont l'actuel président de la République, des mafieux russes, des intermédiaires en tout genre, des grands flics et des petits courtiers en influence, des journalistes et des communicants. Le seul dénominateur commun de cet inventaire: une hostilité supposée à la personne de Jacques Chirac.» (p. 160-161)
Dès lors, on est à peine surpris d'y retrouver le nom de Flam (et, au passage, de son supérieur hiérarchique à la DGSE Alain Chouet), si ce n'est par les effets d'une ironie cinglante:
«Comme si les mauvais génies à la manœuvre dans l'affaire Clearstream estimaient ne pas en avoir fini avec les comploteurs de la DGSE... Comme si le message était le suivant: "Vous avez prétendu découvrir un compte secret de Chirac au Japon? Eh bien, nous, nous allons vous accuser de vous livrer à des transactions frauduleuses dans une banque luxembourgeoise."» (p. 161)
L'on ignorait tout, en revanche, du curieux accident de la circulation dont le magistrat avait été victime entre-temps (chapitre 6: «Du danger de traverser dans les clous», p. 146 à 161).

À l'époque, les époux Flam sont sous haute surveillance. Madame, en tant qu'adjointe chargée des sociétés d'économies mixtes et des marchés publics à la Mairie de Paris conquise par Delanoë en 2001, est bien placée pour exhumer les dossiers sensibles de la gestion chiraquienne — au premier rang desquels le fameux scandale des frais de bouche. Monsieur a peut-être gardé par devers lui copie d'éventuelles pièces compromettantes de l'«affaire japonaise» depuis son éviction des services. À l'époque, un proche du couple évoque «le Watergate à la française qui va écourter le quinquennat du président» (p. 147) — il aurait peut-être fallu se montrer moins bavard…

Survient l'accident, grave: Flam est violemment percuté à deux pas de chez lui par une Volkswagen Golf. Atteint aux jambes, il restera en congé trois mois. Dix centimètres plus haut, il y aurait peut-être laissé la vie. Quoique les auteurs se gardent bien de conclure s'il s'agit d'un incident regrettable ou d'un avertissement cuisant adressé à Flam (voire d'une initiative plus macabre), les circonstances du drame ne manquent pas de créer le trouble. Ainsi la mère du conducteur de la Golf, qui possède le véhicule, est invalide à 80%; elle l'a acheté un mois avant l'accident et l'a revendu à peine un mois après. Les policiers qui dressent le rapport d'accident de la circulation (produit en fac-similé), tout en constatant le défaut d'assurance de la Golf — périmée depuis deux semaines —, laissent le conducteur repartir à son volant (ce rapport est aujourd'hui inaccessible). La question de l'assurance est elle-même mystérieuse, puisque, selon les documents remis à son avocat, le véhicule de marque Volkswagen est assuré par les soins du conducteur (et non du propriétaire) par AIOI, une compagnie japonaise qui se cantonne habituellement aux voitures du fabricant Toyota, dont elle est une filiale. Or AIOI connaît certes le conducteur, mais il est assuré au titre d'un autre véhicule — une voiture Renault d'immatriculation différente. Ceci ne l'empêchera pas d'être défendu au tribunal par un avocat
C'est certes beaucoup pour un RMIste, mais celui-ci est décidément bien particulier qui possédait deux véhicules… et trois comptes bancaires!

Quelle que soit la conclusion à tirer de ces éléments, on ne l'obtiendra pas de la victime puisque Flam refuse désormais de s'exprimer à ce sujet.

Vers Tahiti et au-delà… ?

Le livre se conclut sur deux chapitres qui ouvrent eux-mêmes sur autant de questions. Le chapitre 9: «Sous les palmiers, encore de l'argent», interroge l'«affaire japonaise» depuis Tahiti. L'archipel, sous la coupe du très chiraquien Gaston Flosse depuis 1972, pourrait en effet livrer une clef de l'énigme posée par le compte: la provenance des fonds.

Rappellant la situation financière pas franchement inconfortable de l'île, où la métropole, par exemple, compense par des sommes faramineuses l'abandon des essais nucléaires à Mururoa, Beau et Toscer font ainsi rebondir leur enquête aux antipodes, sur fond de malversations financières commises dans l'entourage de Flosse. Au premier rang desquelles l'acquisition par la communauté polynésienne d'un atoll à un prix, semble-t-il, largement surévalué (avec à la clef une belle plus-value pour le roi de la perle et principal bailleur de fonds du parti de Flosse, le milliardaire Robert Wan); ou encore les opérations financières douteuses du propre fils de Flosse entre Tahiti, Hongkong et l'Australie.

Surtout Beau et Toscer reprennent toute l'enquête sur la mystérieuse disparition du journaliste Jean-Pascal Courand en décembre 1997 (sur laquelle s'interroge également rue89). Opposant notoire à Flosse, JPK, comme il se surnommait lui-même, disait posséder des informations sur des transferts de fonds par Wan vers un compte au Japon possédé par Chirac. Il est ainsi très significatif qu'un article relatant les «pressions judiciaires pour classer sans suite une enquête sur des versements financiers de l'entourage de Gaston Flosse à destination du Japon» ait été conservé par le Général Rondot, adjoint à son propre dossier constitué sur l'«affaire japonaise» (p. 214-218). L'article provient du Tahiti-Pacifique magazine (dont le tirage est de 6 500 exemplaires) de juillet 2002 — à une époque où la presse métropolitaine n'était pas encore très au fait de l'«affaire japonaise», et n'avait a fortiori pas fait le lien avec des possibles versements provenant de Polynésie.
prestigieux diligenté par la compagnie, qui obtiendra un jugement que l'on peut qualifier de clément: 800€ d'amende.
Le chapitre final (Chapitre 10: «Dénis et reniements») fait un dernier point sur les justifications apportées successivement par le clan chiraquien concernant cette histoire, effectivement «incroyable», du compte japonais de Jacques Chirac. Notant que ces explications se révèlent toutes insuffisantes, Beau et Toscer ne peuvent que regretter que la presse, gagnée par sa «paresse» (page 199) et le peu de curiosité à l'endroit du compte des «journalistes dits d'investigation» (page 240), ne se soit pas montrée plus incisive.

On espère ainsi que les questions ouvertes par leur livre percutant, clair et concis trouveront bientôt leurs réponses — afin que nul citoyen ne puisse se soustraire à l'obligation légitime de «rendre des comptes» (page 240).
Guillaume Paugam
(journaliste au Mainichi Shimbun)

«L'Incroyable Histoire du compte japonais de Jacques Chirac», par Nicolas Beau et Olivier Toscer, les Arènes, 19,80 euros. En librairie le 20 mars 2008.
Nicolas Beau, ancien journaliste au Canard enchaîné, dirige désormais la rédaction du site Bakchich info, où ont été publiées hier les bonnes feuilles de l'enquête; Olivier Toscer est grand reporter au Nouvel Observateur.

1. Dans son article: «En visite au Japon Mme Mitterrand a été l'hôte de la secte bouddhiste Soka Gakkai» (31 mars 1990), Philippe Pons écrit: «La fondation Min-On, créée par la Soka Gakkai, avait organisé un concert au Théâtre des Champs-Elysées dans le cadre du Bicentenaire [de la Révolution française]: "Une partie des bénéfices (250 000 francs) fut remise à France Libertés." En octobre, la secte fit un nouveau don de 150.000 francs.»

2. Un extrait de l'article: «Ces drôles de Nippons qui courtisent tonton» est reproduit sur ce site anti-sectes: «La D.G.S.E. a remis au Premier ministre de l'époque, Monsieur Michel Rocard, un rapport musclé sur la Soka Gakkai soupçonnée d'espionnage. Le Président Mitterrand a déjà reçu Monsieur Ikeda, et avait accepté un don très important de ce dernier pour la fondation de son épouse Danielle. En juin prochain, Monsieur Ikeda doit être reçu par Monsieur François Mitterrand en personne, ce qui cause bien des tourments à Michel Rocard».

3. Dans sa notice nécrologique sur Ryoichi Sasakawa daté du 20 juillet 1995, Philippe Pons écrivait déjà: «Ses activités sont au demeurant peu répréhensibles, à l'exception d'opérations telles que l'"arrosage" de membres de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) lors de la réélection controversée de son actuel président, Hiroshi Nakajima.»

4. Pierre Péan, L'Inconnu de l'Élysée, Fayard, 2006.

5. L'article a paru le 31 janvier 2008, jour où était initialement prévue la sortie de «L'Incroyable Histoire…» de Nicolas Beau et Olivier Toscer. «Coïncidence?» s'interrogent les auteurs, ou dernier contre-feu? On sait que les carnets du général Rondot font déjà état de tentatives d'instrumentalisation de la presse par le clan chiraquien… et notamment d'Hervé Gattegno, alors journaliste au Monde: «Le journaliste du monde Gattegno a été contacté par J.-P. Pochon [un fidèle de Chirac à la direction de la DGSE] qui lui avait remis un papier sur l'affaire du PR [nom de code donné par Rondot à l'«affaire japonaise» de 2001]» (p. 135).