Bouquetin à Champagny le Haut en SAVOIE LIBRE

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lundi 5 mai 2008

LA PAC et MICHEL BARNIER


L'ECHO des MONTAGNES, dans le légitime but de vous informer, vous donne le travail inéfficace de MICHEL BARNIER, notre ministre de l'Agriculture.
Après avoir été l'ENVIRON-MINISTRE voila que notre Michou teste son incapacité avec la PAC.
Analysons cette vérité, pour le malheur de nos vaches!

Si la France préconise, à juste titre, de repenser les dépenses publiques en fonction des besoins, ces bonnes résolutions s'arrêtent à nos frontières, car au niveau européen, la France préconise une démarche inverse. C'est le cas avec la Politique agricole commune, souligne David Spector, professeur associé à l'Ecole d'économie de Paris.

Le gouvernement vient d'annoncer une révision générale des politiques publiques pour faire en sorte que chaque euro dépensé le soit à bon escient, quitte à remettre en cause certaines routines budgétaires. Selon le président de la république, "ce ne sont pas les économies qui feront la réforme, c'est la réforme qui permettra les économies". Il ne s'agit donc pas de définir a priori un objectif de dépenses publiques, mais de repenser ces dernières en fonction des besoins.

Cependant, ces bonnes résolutions s'arrêtent à nos frontières, car au niveau européen, la France préconise une démarche inverse. En 2003, Jacques Chirac a demandé que le budget annuel de la politique agricole commune - une cinquantaine de milliards d'euros - soit gravé dans le marbre jusqu'en 2013.

Il en résulte une tâche ingrate pour les ministres français de l'agriculture : chaque année, au gré d'une actualité imprévisible, il doivent inventer des justifications à géométrie variable pour expliquer que la politique la plus efficace, étant données les circonstances particulières de l'instant présent... consiste à dépenser exactement la somme décidée en 2003, sans dévier d'un pouce. Dans son article intitulé "Renoncer à la PAC : une faute politique" publié dans La Tribune le 17 avril, Michel Barnier s'est livré à cet exercice délicat.

Examinons un à un les principaux arguments invoqués. Tout d'abord, l'alimentation serait une affaire trop importante pour être laissée "aux seules lois du marché". Mais comme dans tous les secteurs, les lois du marché, si décriées, jouent en réalité un rôle très utile. En effet, le renchérissement des céréales incite les agriculteurs à augmenter la production céréalière et à diminuer la production de viande (très consommatrice de céréales).

Ces incitations sont nécessaires, car chacun reconnaît que la diminution de la production et de la consommation de viande ferait baisser la demande mondiale de céréales et donc leur prix. Or, le ministre préconise de "prélever sur les aides accordées aux secteurs qui bénéficient de prix plus rémunérateurs" pour aider davantage les secteurs en difficulté, c'est-à-dire notamment l'élevage.

Cette proposition répond à un objectif social compréhensible - aider des exploitants en difficulté - mais elle constitue un non-sens économique car elle revient à encourager l'élevage et donc à aggraver la crise alimentaire mondiale. A moins qu'entraver les lois du marché ne constitue un but en soi, on peine à comprendre en quoi la PAC ainsi réorientée irait dans le sens de l'intérêt général.

Le ministre avance ensuite d'autres justifications : le risque de "moins-disant sanitaire et environnemental", et la nécessité de développer "des outils de couverture des risques pour mieux stabiliser les marchés". Ces arguments renvoient à des problèmes réels. Il est indéniable que le marché non régulé n'assure pas à lui seul l'optimum en matière sanitaire et environnementale, et il est possible que les marchés financiers n'offrent pas une assurance suffisante face aux fluctuations de prix.

Mais si ces problèmes appellent sans doute des politiques publiques, ils ne justifient aucunement une dépense publique massive. La plupart des secteurs industriels sont soumis à des normes concernant la sécurité des produits, y compris importés, sans que ces régulations légitimes s'accompagnent d'un déluge de subventions. Pourquoi l'agriculture ferait-elle exception ?

Quant à la couverture des risques de prix, elle pourrait prendre la forme d'une assurance publique obligatoire autofinancée par le secteur agricole pendant les années de vaches grasses. Bref, en retournant bien les différents arguments, il est toujours aussi difficile de comprendre pourquoi l'efficacité budgétaire européenne commanderait de verser chaque année 50 milliards d'euros aux agriculteurs.

La position française est pourtant tout à fait logique, même si son vrai motif n'a aucun rapport avec les rationalisations bricolées a posteriori : empêtrée dans les déficits, la France ne saurait renoncer aux milliards d'euros reçus par le truchement de la PAC. Dans les années 1980, Margaret Thatcher avait obtenu le fameux "chèque britannique" en martelant "I want my money back".

Nous autres, Français, nous flattons de ne pas être une nation de boutiquiers et ne parlons pas d'argent aussi directement. Au lieu de réclamer un chèque, ce qui ne serait ni élégant, ni civique, nous défendons la PAC, ce qui revient au même, les distorsions de marché en plus.

L'Europe se trouve donc face à un dilemme. Expliciter crûment les conflits distributifs entre pays, à l'anglaise, rend difficile l'émergence d'un esprit européen et de politiques communes ambitieuses. Mais à les nier pudiquement, comme le fait la France, on est amené à défendre des politiques inefficaces, ce qui n'est pas mieux.

Pour relancer l'Europe, il faudra arriver à définir des procédures de choix budgétaires et de négociations entre Etats membres qui évitent ces deux écueils opposés.