Bouquetin à Champagny le Haut en SAVOIE LIBRE

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mercredi 21 mai 2008

OGM,FIN du MONDE et FAIM dans le MONDE


L'ECHO des MONTAGNES, dans le légitime but de vous informer, pense que tous les députés et sénateurs qui ont voté la loi sur les OGM, doivent être condamné à en manger toute leur vie et à rendre les dessous de table qu'ils ont touché par le lobby agroalimentaire.

La farce parlementaire qui vient de se dérouler au grand dam du gouvernement à propos des OGM en dit long.

D’abord, pour ce qui est de la cuisine politique interne, des plus passionnantes, sur l’état des relations entre le Président, le Premier ministre et la majorité UMP. Décidément, les godillots ne sont plus ce qu’ils étaient, le retour des beaux jours les ayant presque mués en tong colorés, vaticinant à qui mieux- mieux. Bref, un joyeux carnaval.

Ensuite et surtout, sur le fond de ce sujet. On a beau être adepte du principe de précaution, quand du moins il sert vraiment à protéger les patients/consommateurs ou usagers et non les seuls décideurs comme la France en prend le chemin, on a beau considérer avec d’autres que Monsanto est à la responsabilité sociale de l’entreprise ce que la musique militaire est à la musique, tous ces monômes laissent un peu songeurs.

Ainsi, sans affirmer que Claude Allègre soit devenu un phare de la pensée mondiale, il n’a tout de même pas tort d’avoir rappelé que le sujet des OGM ne peut être totalement déconnecté de la faim dans le Monde ni des besoins criants des pays du Sud, en proie à une crise alimentaire des plus graves. Donner des leçons d’égoïsme national et bien nanti laisse, sur ce type de sujet un léger goût de cendre.

Faut-il être stipendié par l’industrie agro-alimentaire pour s’en alarmer ? Faut-il à l’inverse se réfugier, comme bien souvent, dans une vision du monde commode en noir et blanc pour maintenir, soit que les OGM sont aussi nocifs qu’un courant d’air, soit qu’ils sont un risque majeur pour la santé publique du type pandémie aviaire ou pesticides ?

Le député communiste qui a posé sa question préalable avec succès, est bien le plus méritant dans cette confusion générale. Mais, avec tous les égards qui sont dus à ce joli coup, la question vaut probablement un peu mieux à l’avenir, du débat citoyen et du vrai, par exemple

IL faut vraiment avoir peu étudié le dossier OGM pour prétendre encore qu’il ait un quelconque rapport avec la faim dans le monde.

Les OGM sont la propriété des firmes agroalimentaires telles que Monsanto. Il n’y a pas d’OGM libres de droit. L’OGM est un organisme vivant breveté et à ce titre ceux qui les utilisent en amont, les cultivateurs, sont dans une relation de totale dépendance vis à vis des firmes qui les leur fournissent. Du reste, une plante OGM ne peut être réensemancée puisqu’elle est vendue stérile. Bref, la culture des OGM ne favorise pas une agriculture de petits exploitants qui ne disposent pas des moyens suffisants pour les exploiter. En Inde, les paysans pauvres n’en veulent tout simplement pas. Et ce n’est pas ATTAC qui leur a soufflé l’idée. Ils ont vite vu, par eux mêmes où étaient leurs intéréts.

Derrière la défense de la culture OGM il y a l’idée qu’il faut développer de grandes exploitations, très productives. C’est sous-entendu bien sûr car ceux qui la prônent ne voudraient surtout pas passer pour des éradicateurs de la vie rurale, ils s’abstiennent donc de dérouler toute la logique de leur argumentation.

Bref, la culture OGM mettrait au chômage des millions d’agriculteurs et ce au moment même où la FAO et la Banque mondiale préconisent un recentrage des économies sur l’agriculture, notamment vivrière. Si l’on veut contribuer à relancer l’exode rural il faut donc développer les OGM, résultat garanti !

Sur la capacité des cultures OGM de résoudre la crise alimentaire proprement dite, est-ce le bon choix ? Pas sûr non plus car en favorisant l’exode rural, on diminue du coup la quantité globale des terres arables, ce qui est déjà la tendance actuelle.

Concernant la menace que fait peser les OGM sur la biodiversité, je ne m’étends pas, de nombreuses études l’ont confirmée. S’agissant de diminuer la quantité de pesticides introduits dans les cultures il a aussi été prouvé que dans certains cas il fallait en répandre et ce malgré la capacité intrinséquement insecticide de la plante OGM. Un comble tout de même !

Enfin, il faut rappeler qu’un certain nombre d’études faites sur des animaux ont prouvé que l’ingestion massive de produits OGM provoque des maladies et donc une surmortalité. Autant dire que l’inconvénient sanitaire n’est qu’un inconvénient parmi d’autres et peut-être pas le moindre, même si l’on a pas le recul suffisant pour en juger.

D"aucuns diront, que proposez-vous ? Il faut d’abord se départir de l’idée préconçue selon laquelle la culture OGM est plus sophistiquée que tout autre type d’agriculture. C’est évidemment l’argument massue de ceux qui s’en font les propagandistes acharnés. Nous disposons actuellement de grandes connaissances dans le domaine de l’agrobiologie. Ces connaissances, aux dires d’un certain nombre d’agronomes eux-mêmes, doivent permettre de pratiquer une agriculture devant nourrir toute l’humanité. Or, ce type d’agriculture qui demande que l’on apporte beaucoup de soins aux cultures demande plus de valeur ajoutée en terme de travail, autrement dit des savoir faire, les savoir-faire précisément ce que les firmes de l’agroalimentaire voudraient s’appropier pour leur seul bénéfice, le rôle dévolu aux agriculteurs devenant celui de simple consommateur d’un produit clé en main. La biodiversité offre suffisamment de ressources à l’humanité pour lutter contre les fléaux qui ravagent l’agriculture. L’agrobiologie présente aussi l’avantage d’une exploitation des sols intégrée aux éco-systèmes.

Je ne suis pas un spécialiste de tous ces domaines, mais je crois pouvoir dire que je ne suis pas le seul à faire ce genre d’analyse globale. Je pense par exemple aux analyses lumineuses de Jacques Berthelot, chercheur agronome, économiste, auteur de l’Agriculture talon d’achille de la mondialisation. Cet ouvrage fut écrit en 2001, on voit aujourd’hui toute son actualité