Bouquetin à Champagny le Haut en SAVOIE LIBRE

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vendredi 17 juillet 2009

HIZIYA, MOHAMED, SAHARA



L'ECHO DES MONTAGNES, dans le légitime but de vous informer, vous ouvre son jardin secret, pour faire connaissance avec HIZIYA.

En effet j'ai vécu en ALGÉRIE, au MAROC et en TUNISIE. Ces pays sont fabuleux par leur culture, leur sagesse, leur croyance, leur paysage, leur montagne.
Donc je vous raconte la belle histoire de HIZIYA.
A BISKRA, porte du Sahara algérien, je pris la route des ZIBAN vers TOLGA, par une vieille piste, celle des palmeraies. Je traverse l'oasis de Bouchagroum, celle de Lichana, de Borj Benazzouz, pour arriver à SIDI KHALED, but de mon expédition que je révais de faire depuis mon enfance.

Là je me dirige vers le cimetière de la mosquée SIDI KHALED el Absi, où se trouve
la tombe de HIZIA, cette jeune femme bédouine du 19ème siècle, du clan des Bouakkaz. Hiziya est foudroyée par la mort à l'âge de 23 ans, adorée par son cousin Saiyed, immortalisée par le poète BENGUITOUM, et splendidement chantée par KHELIFI AHMED, chantre bédouin de son vrai nom Ahmed Abbas Ben Aïssa.
Photographie mosquée SIDI KHALED:


Hiziya, la descendante Hiziya était belle comme l’astre du jour, gracieuse comme une houri.


Les filles ne l’égalaient pas en attraits et l’enviaient, les hommes la désiraient, comme épouse, et surenchérissaient la dot. Mais, Hiziya, une Chérifa, fille de Ahmed Bel Bey richissime éleveur, avait donné son coeur à son cousin, Sayed, un jeune éphèbe de grande fortune et prestigieux chevalier. C’était le grand amour du dix-neuvième siècle qui dépassa, en beauté et en tragique, ceux que grava en caractères d’or, l’histoire humaine : Antar et Abla, Keiss et Leila, Roméo et Juliette. Le couple brûlait d’impatience pour sceller l’union et chacun voulait battre des ailes pour rejoindre l’autre. Leur amour fut unique en son temps, chanté par les uns, magnifié par les autres, jalousé secrètement par quelques uns. Une année après la grande guerre de 1871, vers la fin de l’été, les festivités du mariage étaient célébrées. Dans son douar, Sayed veillait à donner à l’évènement la réputation de tous les temps, en réjouissances et en prodige : fantasia, orchestre bédouin, Meddahs. Le père, qui désirait comblait son fils de bonheur immense, n’épargnait pas sa fortune pour couvrir les grandes dépenses en pierres précieuses, ceintures et bijoux en or, velours et soieries brodés au fil d’or, litière chamelière du plus haut standing.
La caravane partit, une journée avant la nuit des noces, au matin, formée de chameaux, de chevaux et d’une chamelle blanche qui portait la litière de la mariée. Une trentaine de cavaliers, accompagnés par quelques femmes, descendaient vers le sud, dans le territoire des Oulad Nail de Djelfa. C’étaient principalement des guerriers, ou cousins ou amis, requis pour leur bravoure, d’autant qu’au lendemain de l’insurrection générale, il y eut une insécurité totale, motivée par la soif de vengeance de l’Occupant. Ils parcoururent des dizaines de lieux sous une chaleur torride dans un désert balayé par des rafales du sirocco. Ils bivouaquèrent à la belle étole, autour d’un grand feu pour éloigner les reptiles et les charognards, constamment sur leurs gardes, contre une attaque impromptue. Le lendemain, ils levèrent l’ancre dans une mer de sable et marchèrent dans une allègre et joyeuse procession de chants, de tambourins et de youyous et arrivèrent à la mi-journée au campement de la future mariée. La même ambiance régnait, le même faste était donné ; les foules en liesse se réjouissaient des festivités, jamais produites de mémoire.

Vêtu comme un pacha, Ahmed Bel Bey réunit toutes les conditions pour donner au mariage la dimension princière que méritaient les époux et dont parleraient les générations futures. Il combla sa fille d’or et d’émeraudes, de velours et de soie, de tapis et de couvertures, un trousseau savamment conçu par la mère qui était dans l’euphorie du bonheur.
Partout, la joie retentissait ; les éclats des costumes scintillaient et, dans la grande tente, flambant neuf et tissée en poils de chameaux, le luxe était inégalable et le décor, magnifique : tapis rouges d’Aflou, matelas en velours et maroquinerie, argenterie pour le méchoui et le thé, des encensoirs en cuivre rouge et blanc suspendus, fétiches pour le mauvais œil. Dans ce décor émouvant et cette richesse fabuleuse, qui offraient la vision d’un palais somptueux ambulant, la mariée vivait ce moment dans la grâce, entourée de demoiselles d’honneurs ravissantes. Elle était si belle, Hiziya, l’astre du jour à son lever, une constellation autour de la pleine lune ; son sourire réanimait le mort, sa splendeur transportait dans un autre univers de beauté et de quiétude, ses yeux noirs miroitaient, cernés de longs cils croisés; sa voix fluette réconfortait l’âme perdue, ses cheveux soyeux flottaient, caressés par les aquilons ; sa peau était laiteuse et son corps frêle, de quinze printemps. Elle était couronnée de diadème en perles, parée d’une longue chaîne, de bracelets aux poings, aux chevilles et d’une ceinture aux louis, le tout en or massif. Elevée dans un monde spirituel, elle se distinguait par une sagesse précoce et tenait un langage proverbial, incarnait la vertu pure et suscitait ainsi l’énorme intérêt des hommes, dont certains désiraient la posséder coûte que coûte.
Le lendemain, aux premières aurores, le cortège matrimonial prit la route, à travers l’immensité steppique, jonchée d’alfa et jalonnée de dunes aux sables dorés, attrayante pas de paisibles oasis. La caravane avançait en réduisant le plus possible ses haltes pour arriver au douar du marié, vers la fin de l’après-midi. Tout le monde était heureux et Hiziya égrenait patiemment les instants qui la séparaient de sa nuit de noces. Il faisait chaud et le ciel était bleu pur, rougi à son zénith par la boule de feu, le temps restait étrangement calme, les broussailles d’alfa ne bougeaient pas. Soudain, une poussière se leva à l’est et grossissait à vue d’œil, puis l’on entendit le bruit sourd des sabots. La caravane estima d’abord que c’étaient des éleveurs en transhumance, puis se ravisa : des dizaines de cavaliers parurent et avançaient droit vers elle. Elle distingua le goum et son caïd, un officier et ses soldats. Elle reconnut ensuite le caïd dont le parti avait été refusé et qui jura à ses amis de prendre Hiziya par la force. La caravane, qui ne pouvait s’enfuir, se résigna à organiser sa défense. Les cavaliers mirent pied à terre et tinrent leurs positions, sous le commandement de l’ami intime de Sayed, Meguensi Bel Guenid, un redoutable guerrier et tireur d’élite. La confrontation fut du prophète Mohamed, que paix soit sur lui, se prosterna, entra dans une profonde dévotion et invoqua le Seigneur Tout Puissant de l’emmener dans les cieux, plutôt que d’appartenir à un autre homme que Said. Dieu l’entendit, la combla de clémence et exauça son vœu : Hiziya mourut là, dans l’adoration du Miséricordieux, en plein désert. Les hommes et les femmes du cortège périrent tous, écrasés par deux cents soldats dont les pertes dépassèrent le huitième. Les assaillants enterrèrent les morts et emportèrent un grand butin en or, argent et montures. Mais, Lazreg, le cheval de Sayed, put s’enfuir au galop et rentra au douar en fin de journée.
Au douar de Sayed, les festivités battaient leur plein dans l’ambiance de poudre, de fantasia, de Allaoui et de youyous, dans l’attente de l’arrivée de la caravane qui s’était légèrement attardée. La grande famille vivait des moments affreux d’impatience. Des enfants faisaient le gué à la lisière du campement. Le père du marié consultait sa montre de poche à chaque minute, tendait l’ouie pour entendre l’écho, marchait, s’arrêtait, dans un mutisme total. La mère priait, se cachait le visage dans ses deux mains, essuyait ses pleurs, congédiait toute femme, pour rester seule dans son désarroi. Sayed soupirait sans cesse, n’entendait plus, ne voyait plus, déchiré par l’attente, bouleversé par l’inconnu. Le douar fut gagné par l’inquiétude, les chants et la musique s’estompèrent, la poudre ne tonnait plus, les chevaux ne hennissaient plus, ne reniflaient pas ; le temps s’égrenait lentement dans l’angoisse, s’allongeait et prolongeait les transes de chacun. Lazreg arrivait en fendant l’air, apparut seul, sans son cavalier, Meguensi Bel Guenid. Il ralentit sa course et hennit lugubrement puis, entra au douar d’un pas molle, marcha vers la grande tente, se rapprocha de son maître et pleura. Sayed sut alors qu’un malheur était arrivé, reçut un choc violent et cria avec fureur et désespoir : « Hiziya ! » Son esprit s’envola, son âme s’en alla, sa raison d’être mourut. Déjà, il n’était plus de ce monde qu’il répudia à tout jamais. Son cri, qui était déchirant, avait glacé d’effroi les êtres vivants confondus. Sayed, qui n’était plus qu’une ombre vivante, monta Lazreg et partit à la recherche de sa bien aimée, vite suivi par d’autres cavaliers. Après maintes recherches dans la steppe immense, il retrouva la petite tombe et un homme gravement blessé que les assaillants laissèrent pour mort. De sa muse, jaillirent des fragments de son ode célèbre et un mois plus tard, Lazreg périt à son tour.
Maintenant passons au poème, immortalisée par BENGUITOUM:

Regardes et écoutes: superbe;