Bouquetin à Champagny le Haut en SAVOIE LIBRE

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samedi 17 mars 2012

CHERIF ABDEDAÏM, ANDRE LINCK, CROIRE, VIE, ETERNITE, POETE, ECHO DES MONTAGNES, FREDERIC BERGER

L'ECHO des MONTAGNES vous donne à lire ce texte important de CHÉRIF ABDEDAÏM.

Ci-joints deux  textes commentés par le philosophe français André Linck
André Linck (01 janvier 2007 ) :
Croire au-delà de l’en-deçà

   Chérif Abdedaïm, poète, nous explique que le franchissement du seuil est, en fait, un affranchissement. Quand et où, qu’importe, au fond, puisque l’éternité les « dissout » hors du temps des choses ayant formes, poids et mouvements. À quoi servent les repères de la Raison dans l’infini et l’éternité ? Il n’y a qu’à franchir la Porte, celle qui, de la naissance à la mort, nous fait passer de Charybde en Scylla. Cette Grâce a nom Vie . ( A.Linck )

 "
La porte est celle qui éternise l’accès à l’infini. Ce n’est qu’après l’affranchissement de son seuil que se célèbre la solennité des hôtes.
   L’œil ne voit plus. Aveugle ? Non !Dans sa plénitude, il déplore son passé, le moment où ses yeux croyaient voir. L’infinité de faisceaux dévoile ses secrets. Le Moi n’a plus raison d’être. Absorbé par son état extatique, il n’a plus besoin de ce qu’il croyait effleurer, sentir, entendre, voir ou déguster. La chair dissipée, n’a plus d’emprise. Car, dans son dégel, le Moi s’est dissout dans l’infini.
Le “quand” et le “où” se dessèchent de leurs repères.
C’est la lumière dans son essence."[1]

       Le poète nous explique que le franchissement du seuil est, en fait, un affranchissement : il suggère, par là, qu’enfin, par delà la mort, nous sommes délivrés de la vie. Plus précisément de ce « Je » dans les entrelacs duquel nous nous perdons à la poursuite d’une réalisation en deçà, alors qu’elle ne se trouve qu’au-delà du seuil fatidique. Ainsi nous serons reçus par ceux qui nous précédèrent, comme si le point de départ n’était qu’un point d’arrivée, condamnés à une immobilité froide, décevante pour certains, illuminatrice pour d’autres.
"L’œil ne voit plus. Aveugle ? Non !"
 Car si nous pensions voir, donc connaître, nous demeurerions dans l’erreur, cette erreur, attachée comme une glu, à notre peau :
 
"Le Moi […] n’a plus besoin de ce qu’il croyait effleurer, sentir, entendre, voir ou déguster."
   Que lui est-il arrivé pour qu’il abandonne ses certitudes de vivant, pour que, dans l’extase, il quitte déjà ce monde, en marche vers l’éternité de l’être ? Serait-ce que, par un coup heureux du hasard, il aurait été touché par la Grâce de la foi ? Qu’au-delà de cette porte, qu’il appelle Raison, il découvre le « quand » et le « où » pour lesquels il n’est pas besoin de preuves ? Quand et où, qu’importe, au fond, puisque l’éternité les « dissout » hors du temps des choses ayant formes, poids et mouvements.

   À quoi servent les repères de la Raison dans l’infini et l’éternité ? Mais à quoi donc, en fait, est-il nécessaire de vivre si c’est pour mourir ? Simplement pour qu’il y ait une porte à franchir, un chemin à parcourir, une trace, un sillon, un peu de sa propre lumière, l’espace d’un instant, qui étendent l’infini et l’éternité. Il n’y a rien à expliquer ni à modifier. Pourquoi d’ailleurs ? Il n’y a qu’à franchir la Porte, celle qui, de la naissance à la mort, nous fait passer de Charybde en Scylla.
 Cette Grâce a nom Vie.
Peut-être le monde est-il mieux perçu par les poètes que par les savants…
André Linck (01 janvier 2007 )
  ________________________________________
 
[1] Chérif Abdedaïm - Aux Portes de la Méditation, Page 18 - Casbah Éditions – Alger – 2004
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André Linck (01 janvier 2007 ):
Création

   Il laisse aller son inspiration comme s’il tenait un pinceau : les mots lui servent de couleurs. Il dessine les formes qui s’imbriquent en substituant leurs esquisses : ainsi les nuages effilochent dans le ciel leurs contours fluides. Des réminiscences orientent sa pensée en un monde de rêve, comme il sied à tout poète. Un rêve qui sous-tend notre réalité.
                            (André Linck) 27 janvier 2007
Création
Exquises fleurs de l’histoire,
Nourricières de nobles espoirs,
Par leur magie et leurs rites
Insolites.
Entre le coucher et l’aurore,
Des rayons aux pignons d’or.
Entre le déclin et l’apogée,
D’un ton juste effarouché.
Dans leur tumulte intérieur,
Séductions aux fines rondeurs.
Simples murmures, profonds, bleutés,
Cristal, safran, blanc velouté.
Étoiles perdues dans leur symbiose,
Aines rassurées, magie des choses.
Vifs virtuoses, poèmes ou proses.
De brocarts blancs et magnifiés,
De précieuses pierres, marbre de bonté.
Vallées, de musc et d’ambre inondées.
Dans un mystère aux limbes atroces,
Ultime oubli et vie féroce.
Torrents furieux en abondance,
Un trône en flamme, odeur d’encens.
Un foisonnement de lignes recherchées,
Un entrelacs d’œillets perchés.
Sur un bosquet de bambou fin,
Entre rubis, de folie, pleins.
Dans un jardin vert délicieux,
Vêtu d’habits forts somptueux.
Une transcendance à “l ‘enchanté”,
Dans les secrets de la clarté.
Enjolivant les hommes sages,
De clairvoyantes et profondes images.
Telle une brûlure dans sa froideur,
Par sa tendresse effleure les cœurs.
Doux sentiments dans leur candeur.
Ornés de perles ressuscitées,
Des chœurs subtils font rêvasser.
Œuvres d’un futur dans le passé.
Une gamme superbe.
Jubilation !
D’un art fécond d’innovations.

Assaut de signes et de symboles,
Dans un écrin de prouesses folles.
Soleil levant aux rayons saints,
Naufrage tendre et délices du destin.
Gracieuse place dans l’océan
D’un printemps vert, de création.

Chérif Abdedaïm, Le Bouquet entaché - GEB éditions - Constantine, 2004 - page 110